Intoxication par champignons : délai et gravité
Orientation devant une intoxication par champignons, fondée avant tout sur le délai entre le repas et les premiers symptômes.
8 champs restants
Le résultat et son interprétation s’afficheront ici.
À quoi sert cet outil ?
Devant une intoxication par champignons, une seule donnée oriente le pronostic avec force : le délai entre le repas et les premiers symptômes. Un délai court annonce presque toujours un syndrome bénin ; un délai supérieur à six heures fait craindre un syndrome phalloïdien, dont la mortalité tient au retard de prise en charge — d'autant qu'une phase de rémission trompeuse suit la phase digestive.
Comment est-il calculé ?
Le délai d'incubation est le déterminant principal et pèse le plus lourd. S'y ajoutent les conséquences déjà constituées — cytolyse hépatique, insuffisance rénale —, la sémiologie, et le contexte de cueillette, en particulier le mélange d'espèces qui rend une identification rassurante inutilisable.
Interprétation
- Syndrome à incubation courte
Délai court : les syndromes à incubation brève sont le plus souvent bénins et résolutifs, essentiellement digestifs. Réhydratation et surveillance. Appeler tout de même le CENTRE ANTIPOISON et vérifier qu'aucun convive n'a présenté de symptômes plus tardifs : un délai court chez l'un n'exclut pas un délai long chez un autre.
- Surveillance hospitalière
Retentissement digestif marqué ou délai imprécis. Hospitalisation pour réhydratation et surveillance biologique — transaminases, taux de prothrombine, créatinine — répétée. Conserver les restes du repas pour identification mycologique, et contacter le centre antipoison.
- Incubation longue : craindre un syndrome phalloïdien
Délai SUPÉRIEUR À SIX HEURES : syndrome phalloïdien jusqu'à preuve du contraire. Hospitalisation systématique, réhydratation, surveillance hépatique et rénale rapprochée. Ne pas se laisser tromper par la PHASE DE RÉMISSION qui suit les troubles digestifs : l'amélioration clinique accompagne l'installation de l'atteinte hépatique.
- Atteinte constituée : urgence
Cytolyse hépatique ou atteinte rénale constituée. Prise en charge en réanimation, contact du centre antipoison et d'un centre de TRANSPLANTATION HÉPATIQUE sans attendre l'évolution : le pronostic dépend de la précocité du transfert. Surveiller le taux de prothrombine et le facteur V, qui guident la décision.
Quand l’utiliser ?
Devant tout trouble digestif survenant après un repas de champignons de cueillette.
Limites
- Un délai d'incubation SUPÉRIEUR À SIX HEURES fait craindre un syndrome phalloïdien jusqu'à preuve du contraire et impose une hospitalisation, même si les symptômes paraissent modérés.
- Le syndrome phalloïdien comporte une PHASE DE RÉMISSION trompeuse : après la phase digestive, le patient s'améliore franchement pendant que l'atteinte hépatique s'installe. Une amélioration clinique ne doit jamais autoriser la sortie dans ce contexte.
- Un MÉLANGE d'espèces dans le même repas rend toute identification partiellement rassurante inutilisable : il suffit d'un exemplaire toxique. De même, un délai court chez un convive n'exclut pas un délai long chez un autre.
- CONSERVER les restes du repas, les épluchures et les champignons non consommés, ou à défaut les photographier : l'identification mycologique change la prise en charge, et elle n'est possible que sur pièces.
- Le CENTRE ANTIPOISON doit être appelé dans tous les cas : il oriente l'identification, la surveillance biologique et le transfert éventuel vers un centre de transplantation hépatique.
- Cet outil ne permet aucune identification d'espèce et ne remplace ni l'expertise mycologique, ni la surveillance biologique hépatique et rénale.
Questions fréquentes
- Pourquoi le délai d’incubation est-il si important ?
- Parce qu'il sépare les syndromes bénins, à incubation courte, des syndromes graves à incubation longue. Au-delà de six heures, il faut craindre un syndrome phalloïdien et hospitaliser, même si les symptômes paraissent modérés.
- Une amélioration clinique est-elle rassurante ?
- Pas dans le syndrome phalloïdien. Une phase de rémission trompeuse suit les troubles digestifs, pendant que l'atteinte hépatique s'installe : l'amélioration n'autorise pas la sortie.
Références
- Diaz JH. Evolving global epidemiology, syndromic classification, general management, and prevention of unknown mushroom poisonings. Critical Care Medicine. 2005. DOI 10.1097/01.ccm.0000153530.32162.b7
- Ye Y, Liu Z. Management of Amanita phalloides poisoning: a literature review and update. Journal of Critical Care. 2018. DOI 10.1016/j.jcrc.2018.03.028
Outils associés
Critères du King's College (hépatite fulminante)
Critères d'inscription en urgence sur liste de transplantation hépatique devant une hépatite fulminante, dans leur version liée au paracétamol.
Indications d'épuration extrarénale en toxicologie
Repères pour envisager une épuration extrarénale au cours d'une intoxication.
Ingestion de plante ou de baie : orientation
Conduite après ingestion d'une plante ou d'une baie, au jardin ou à la maison.
Toxi-infection alimentaire : orientation
Orientation devant des symptômes après un repas, du délai d'apparition aux tableaux neurologiques graves.
1000 outils publiés sur cette plateforme. Cet outil est une aide à la pratique clinique et ne remplace pas le jugement du professionnel de santé.