Ingestion de produit caustique
Évaluation de la gravité d'une ingestion de caustique et des gestes qui aggravent la lésion.
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À quoi sert cet outil ?
Dans l'ingestion de caustique, ce qui aggrave le plus souvent le pronostic n'est pas le produit mais les gestes faits ensuite : faire vomir, faire boire, neutraliser, poser une sonde à l'aveugle. Chacun ramène le produit au contact de la muqueuse ou perfore une paroi fragilisée. Le premier rôle de l'outil est donc de figer la conduite à tenir avant d'évaluer la gravité.
Comment est-il calculé ?
Le risque lésionnel est estimé à partir de la nature du produit, du caractère volontaire de l'ingestion — qui prédit la quantité —, et des signes cliniques d'atteinte digestive ou respiratoire. Deux situations basculent seules : la détresse respiratoire, qui traduit une atteinte des voies aériennes, et les signes de perforation. Une ingestion accidentelle minime chez l'enfant diminue le total.
Interprétation
- Surveillance simple
Ingestion probablement minime, sans signe clinique. Surveillance et contact du centre antipoison avec l'étiquette du produit. Même ici : ne PAS faire vomir, ne PAS faire boire, ne PAS neutraliser. Réévaluer devant l'apparition d'une hypersialorrhée, d'une dysphagie ou d'une douleur.
- Endoscopie à discuter
Signes digestifs ou lésions buccales. Hospitalisation, patient à jeun, avis gastro-entérologique. L'ABSENCE de lésion buccale n'écarterait pas une atteinte œsophagienne, et sa présence ne la prouve pas : c'est l'endoscopie, réalisée dans la fenêtre habituelle de 3 à 48 heures, qui tranche.
- Endoscopie indiquée, hospitalisation
Produit fortement caustique ou ingestion volontaire. Hospitalisation en milieu spécialisé, patient à jeun, imagerie selon le tableau, endoscopie dans la fenêtre appropriée. Une ingestion volontaire impose en outre une évaluation psychiatrique, une fois la phase aiguë passée.
- Urgence vitale
Atteinte des voies aériennes ou signes de PERFORATION. Prise en charge en réanimation, avis chirurgical immédiat, imagerie en coupes. L'endoscopie est contre-indiquée en cas de perforation suspectée. Contrôle des voies aériennes en urgence devant une dysphonie ou un stridor, qui annoncent un œdème laryngé rapidement obstructif.
Quand l’utiliser ?
Devant toute ingestion, accidentelle ou volontaire, d'un produit ménager ou industriel caustique.
Limites
- Ne PAS faire vomir, ne PAS faire boire, ne PAS neutraliser le produit, ne PAS donner de charbon activé, ne PAS poser de sonde gastrique à l'aveugle. Chacun de ces gestes aggrave la lésion : le vomissement réexpose la muqueuse, la neutralisation dégage de la chaleur, la sonde peut perforer une paroi fragilisée.
- L'ABSENCE de lésion buccale n'écarte PAS une lésion œsophagienne ou gastrique : la corrélation entre l'atteinte visible de l'oropharynx et l'atteinte sous-jacente est mauvaise dans les deux sens.
- L'ENDOSCOPIE, quand elle est indiquée, se réalise dans une fenêtre précise — habituellement entre 3 et 48 heures. Trop tôt elle sous-estime, trop tard elle expose à la perforation sur une paroi ramollie.
- Une ingestion VOLONTAIRE prédit une quantité et une gravité supérieures à une ingestion accidentelle : elle justifie une prise en charge hospitalière quelle que soit la clinique initiale, ainsi qu'une évaluation psychiatrique.
- Conserver le CONTENANT du produit ou en photographier l'étiquette : la nature et la concentration changent la conduite à tenir, et le centre antipoison doit être contacté.
- Cet outil n'est pas la classification endoscopique de Zargar, qui décrit les lésions constatées et non le risque avant endoscopie.
Questions fréquentes
- Que ne faut-il surtout pas faire ?
- Faire vomir, faire boire, neutraliser le produit, donner du charbon activé, ou poser une sonde gastrique à l'aveugle. Chacun de ces gestes réexpose la muqueuse ou risque de perforer une paroi fragilisée.
- Une bouche normale rassure-t-elle ?
- Non. La corrélation entre l'aspect de l'oropharynx et l'atteinte œsophagienne ou gastrique est mauvaise dans les deux sens : une bouche normale n'écarte pas une lésion profonde.
Références
- Chirica M, Bonavina L, Kelly MD, Sarfati E, Cattan P. Caustic ingestion. The Lancet. 2017. DOI 10.1016/S0140-6736(16)30313-0
- Zargar SA, Kochhar R, Mehta S, Mehta SK. The role of fiberoptic endoscopy in the management of corrosive ingestion and modified endoscopic classification of burns. Gastrointestinal Endoscopy. 1991. DOI 10.1016/s0016-5107(91)70678-0
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