Intoxication au paracétamol (nomogramme de Rumack-Matthew)
Situation d'une paracétamolémie par rapport au seuil de traitement, en fonction du délai depuis l'ingestion.
2 champs restants
Le résultat et son interprétation s’afficheront ici.
À quoi sert cet outil ?
L'intoxication au paracétamol est la première cause d'hépatite fulminante en Europe, et elle est parfaitement traitable si la N-acétylcystéine est débutée dans les huit heures. Le piège est que le patient est ASYMPTOMATIQUE pendant les vingt-quatre premières heures : attendre les signes cliniques, c'est attendre que le traitement ne marche plus.
Comment est-il calculé ?
Le nomogramme de Rumack-Matthew rapporte la paracétamolémie au délai écoulé depuis l'ingestion. La ligne de traitement part de 150 mg/L à la quatrième heure et décroît de façon exponentielle, avec une demi-vie de quatre heures. Cet outil compare la concentration mesurée à ce seuil.
Interprétation
- Sous la ligne de traitement
La paracétamolémie est inférieure au seuil de traitement pour ce délai. La N-acétylcystéine n'est pas indiquée sur ce seul critère — à condition qu'il s'agisse bien d'une ingestion aiguë unique d'heure connue, dosée au moins quatre heures après. Rechercher les co-ingestions et évaluer le risque suicidaire.
- Au seuil de traitement
La paracétamolémie atteint la ligne de traitement. Débuter la N-ACÉTYLCYSTÉINE sans délai : son efficacité décroît fortement après la huitième heure. Surveillance du bilan hépatique, du taux de prothrombine et de la créatinine.
- Nettement au-dessus du seuil
La paracétamolémie dépasse nettement la ligne de traitement. N-acétylcystéine en urgence, surveillance rapprochée du bilan hépatique, du taux de prothrombine, de la créatinine et de la glycémie. Avis d'un centre antipoison et contact précoce avec un centre de transplantation si l'insuffisance hépatique s'installe.
Quand l’utiliser ?
Après une ingestion aiguë unique de paracétamol, sur une paracétamolémie prélevée au moins quatre heures après la prise.
Limites
- Le dosage doit être fait au moins QUATRE HEURES après l'ingestion : plus tôt, l'absorption n'est pas terminée et une valeur basse est faussement rassurante.
- Le nomogramme ne vaut que pour une ingestion AIGUË UNIQUE d'heure connue : il ne s'applique ni aux prises répétées, ni aux formes à libération prolongée, ni lorsque l'heure est inconnue — dans ces cas, traiter d'emblée.
- Le patient est ASYMPTOMATIQUE les vingt-quatre premières heures : l'absence de signes ne rassure en rien, et attendre les signes fait perdre l'efficacité du traitement.
- En cas de DOUTE ou de délai supérieur à huit heures, débuter la N-acétylcystéine sans attendre le résultat du dosage : elle sera arrêtée si le nomogramme l'autorise. Son bénéfice s'effondre après la huitième heure.
- Les facteurs de risque — dénutrition, alcoolisme chronique, jeûne, inducteurs enzymatiques — abaissent le seuil de toxicité chez certains patients, situation où plusieurs protocoles retiennent une ligne plus basse.
- Une intoxication au paracétamol accompagne souvent d'autres prises : rechercher systématiquement les co-ingestions et évaluer le risque suicidaire.
Questions fréquentes
- Faut-il attendre le dosage pour traiter ?
- Non en cas de doute ou de délai supérieur à huit heures : débuter la N-acétylcystéine et l'arrêter si le nomogramme l'autorise. Son bénéfice s'effondre après la huitième heure — le temps perdu ne se rattrape pas.
- Un patient asymptomatique est-il rassurant ?
- Non, c'est même le piège principal. Le patient est asymptomatique pendant les vingt-quatre premières heures : quand les signes apparaissent, la nécrose hépatique est déjà constituée.
Références
- Rumack BH, Matthew H. Acetaminophen poisoning and toxicity. Pediatrics. 1975.
Outils associés
Critères du King's College (hépatite fulminante)
Critères d'inscription en urgence sur liste de transplantation hépatique devant une hépatite fulminante, dans leur version liée au paracétamol.
Score CHA₂DS₂-VASc
Score de risque thrombo-embolique de la fibrillation atriale non valvulaire, utilisé pour poser l'indication d'une anticoagulation au long cours.
Score de Glasgow
Évaluation standardisée de la vigilance en trois composantes — ouverture des yeux, réponse verbale et réponse motrice — cotée de 3 à 15.
QT corrigé (QTc)
Correction de l'intervalle QT en fonction de la fréquence cardiaque selon Bazett, Fridericia, Framingham et Hodges, avec les seuils d'allongement propres à chaque sexe.
Score de Wells pour l'embolie pulmonaire
Estimation de la probabilité clinique d'embolie pulmonaire avant tout examen complémentaire, préalable indispensable à l'interprétation des D-dimères.
Score CURB-65
Score de gravité de la pneumonie aiguë communautaire en cinq items, utilisé pour orienter entre prise en charge ambulatoire, hospitalisation conventionnelle et soins critiques.
1000 outils publiés sur cette plateforme. Cet outil est une aide à la pratique clinique et ne remplace pas le jugement du professionnel de santé.